Mon itinéraire scientifique

Mon itinéraire scientifique

 

         Être enseignant-chercheur à l’Université c’est, en principe, enseigner à mi-temps et faire des recherches pendant l’autre mi-temps. En réalité, en cours d’année universitaire, pour l’enseignant qui veut se consacrer vraiment à ses cours et à ses étudiants, le temps de la recherche est modeste : c’est surtout hors année universitaire qu’il peut s’y adonner. En principe également, l’enseignant-chercheur ne devrait enseigner à ses étudiants que dans sa spécialité. C’est peut être le cas dans les grandes universités, mais dans les universités moyennes dont j’ai fait partie, il doit être généraliste. J’ai donc donné des cours le plus souvent hors de ma spécialité de recherche, la géographie rurale. J’ai enseigné la plupart des techniques géographiques : commentaires de cartes et de documents divers (graphiques, séries de données, textes, etc.), traitements statistiques, techniques d’enquête de terrain. J’ai initié mes étudiants à l’histoire et à l’épistémologie de la géographie ainsi qu’à celles des autres sciences sociales (économie, sociologie, histoire). J’ai professé la géographie générale : la géographie rurale, naturellement, mais également la morphologie et même un peu de climatologie. Grâce à mes voyages, j’ai beaucoup aimé et j’espère avoir fait aimer la géographie régionale. J’ai ainsi donné des cours sur la France, évidemment, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Scandinavie, l’ex-Yougoslavie, l’ex-URSS, le Canada, le Brésil, l’Indonésie, entre autres. Ce parcours n’est cependant pas très original : une bonne partie des collègues de ma génération ont connu cet éclatement de leur enseignement, certes dispersant mais finalement très excitant dans sa diversité. J’insisterai donc ici essentiellement sur mon parcours, plus personnel, de chercheur géographe.

 

Reconstituer un itinéraire de recherche plus de cinquante ans après ses débuts (mon premier ouvrage date de 1958…) implique inévitablement une dose de reconstruction. Bien que simplificateur, l’exercice n’est cependant pas inutile. Pour moi-même d’abord, car c’est après-coup que je constate certaines inflexions de mon itinéraire dont je n’ai pas toujours eu conscience sur le moment et que j’essaie rétrospectivement d’expliquer. L’exercice ne sera peut-être pas inutile non plus à un niveau plus général car, à travers mon cheminement personnel, on peut suivre certaines des tendances qui ont traversé la géographie au cours de toutes ces années.

 

Une géographie d'abord classique

 

Cet itinéraire commence à Besançon où, étudiant, j'écris mes premières pages en 1956, sous la direction de Michel Chevalier, à l'occasion d’un Diplôme d'Études Supérieures (niveau Master 1 actuel) sur La Haute vallée de la Loue, étude de géographie humaine, que j'aurai la chance de voir publier l’année suivante. J'imite alors le maître qui vient de terminer sa thèse sur les Pyrénées ariégeoises. Les trois premières parties traitent de l'histoire économique de la vallée jusque vers 1850, l’essentiel étant centré surtout sur le XVIII° et la première moitié du XIX° siècle. La quatrième partie « Les genres de vie actuels » court de 1850 à 1950 environ et fait encore une large place à 'histoire avec « les évolutions et les révolutions » qui touchent la Haute-Loue jusque dans les années cinquante. Viennent enfin les «genres de vie » actuels (agricoles, industriels), les échanges et les «différenciations régionales». Ainsi la partie historique occupe à elle seule les trois-quarts de l'ouvrage. On rencontre dans ce texte les thèmes habituels de la géographie classique : structures agraires (propriété, paysages), genres de vie , économie agricole (dont la vigne, alors essentielle) et ce que j’appelle les « activités annexes » (forêt, industrie, vie de relations).

 

Géographie classique donc, par ses concepts, par sa forme monographique, par sa méthode inductive très empirique : appui sur divers documents (archives, ouvrages, revues , données statistiques, cartes), enquête de terrain (à bâtons rompus auprès d'interlocuteurs privilégiés, tels que maires, instituteurs, curés, chefs d'entreprise, autres personnalités locales), traitements statistiques simples, confection de graphiques basiques, de cartes analytiques, etc. Les explications elles aussi sont classiques : le cadre naturel et l'histoire contraignent plus moins le présent. En somme un travail conforme au modèle du maître Michel Chevalier !

 

Une originalité cependant, due en partie au terrain d'étude. Alors que les travaux de l'époque sur l'espace rural portent en réalité essentiellement sur l'agriculture, un tiers de l'ouvrage est consacré aux aspects non agricoles (industrie, échanges, forêt). Peut-être est-ce pour cela que je me suis toujours étonné de ce que beaucoup de géographes ruralistes aient si longtemps confondu rural et agricole alors que, dès les années 60, les agriculteurs n'étaient plus majoritaires.

 

Puis vient une parenthèse de dix ans consacrée aux concours (Capes, Agrégation), à l'enseignement secondaire (Lycée) et à l'armée (deux années...). Le redémarrage, comme assistant à l'Université de Franche-Comté, reste assez classique. La deuxième édition de la Haute vallée de la Loue, en 1968, me permet d'y ajouter un chapitre destiné à faire le point sur son évolution depuis dix ans. Dans ce chapitre cependant, l'analyse du tourisme, à peine abordée dans l'édition originale, s'étoffe (le non agricole prend donc de l'ampleur) et le concept de polarisation est plus nettement présent : la géographie rurale s'ouvre aux concepts de la géographie urbaine et prend conscience de ce que l'espace rural n'est ni isolé, ni isotropique mais qu'il est parcouru par des réseaux, qu'il est polarisé par les villes et les bourgs.

 

Une géographie appliquée

 

Une première inflexion de ma trajectoire pointe à la fin des années soixante. Alors que la géographie officielle se pose la question de savoir si la discipline doit être académique ou applicable ou appliquée, la géographie bisontine opte pour la géographie appliquée ou, au moins, applicable. Les décideurs locaux commencent, très timidement, à ressentir le besoin d'une vision géographique de leurs problèmes et, au niveau national, apparaissent les prémices d'un aménagement adapté au territoire rural. Je participe alors à une enquête préparatoire à la mise en place du Secteur d'aménagement rural de Levier, dans le Doubs dont je tire un article (La région de Levier). Je pilote ensuite, pour le compte de la Fédération de la Vulgarisation Forestière de l'Est, une première enquête sur les attitudes et réactions des propriétaires d'une commune de Haute-Saône face à l'aménagement collectif d'un massif forestier. Je réalise moi-même, l'année suivante, une deuxième enquête sur le même thème, et pour le même organisme, dans deux communes l’une du Doubs, l’autre du Jura (1968) qui fera l’objet d’un article (Attitude des milieux ruraux franc-comtois face à la modernisation et aux aménagements régionaux). Je participe également, avec l'appui de la Chambre d'agriculture, à une enquête, menée par Jean Boichard, sur l'exploitation agricole et ses charges foncières dans le Doubs.

 

La nouveauté vient donc de la nécessité de travailler sur des objectifs précis, fournis par des commanditaires, de se fixer des hypothèses (sur les raisons qui retiennent les propriétaires forestiers de se grouper, par exemple) et surtout de faire des enquêtes de terrain systématiques : questionnaire structuré, sondage par échantillon scientifiquement défini, traduction chiffrée des résultats (dont le dépouillement se fait alors à la main) et analyse statistique (encore basique) de ces résultats. La nouveauté vient également de l'apparition d'un versant social à certaines de ces études : il s'agit de savoir, par exemple, quels groupes sociaux sont favorables, ou non, à un aménagement collectif de la forêt privée.

 

Une géographie sociale

 

C'est d'ailleurs l'époque où se précise une deuxième inflexion de ma trajectoire de recherche, cette fois vers une géographie plus sociale. Paul Claval, alors à Besançon, commence à aborder le problème des rapports entre espace et société. Il me fait découvrir les ethnologues, les sociologues et me conseille de prendre contact, pour mon sujet de thèse, avec Etienne  Juillard dont l'ouvrage sur La vie rurale dans la plaine de Basse-Alsace comporte de belles pages d'une géographie que l'on se met à appeler «sociale ». C'est donc le moment où je choisis un sujet de thèse que mon passé me pousse à vouloir rural au sens plein du terme (et pas seulement agricole), que mon présent m'incline à vouloir systématique et que l'influence de Paul Claval et de Etienne Juillard me porte à vouloir social... Après diverses péripéties, en 1968, le choix se fixe sur l’espace rural du département du Doubs .

 

Influence de Paul Claval certainement, signe d'un temps où la géographie française se pose des questions sur sa faiblesse épistémologique mais aussi volonté personnelle, toujours est-il que je passe deux années à lire géographes, sociologues et ethnologues pour me donner un cadre conceptuel précis avant d'aborder l'étude du territoire lui-même. La réflexion sur la nature même de l'espace géographique et sur ses rapports avec la société reste alors encore pauvre, sauf chez Paul Claval mais dont la réflexion se situe à un niveau très théorique, donc difficilement utilisable sur le terrain. A posteriori, cet essai sur les rapports entre espace et société peut paraître un peu hétéroclite, malgré un certain fonctionnalisme fondamental. Cependant il m'a été très utile pour me guider dans une démarche qui restait inductive, mais qui voulait se donner un ensemble de concepts, de méthodes et de techniques réutilisables en d'autres lieux et en d'autres temps, outils qui permettent des comparaisons systématiques et qui évitent l'impasse de la monographie. Cette réflexion fera l'objet de la première partie de ma thèse et sera publiée à part, et plus tard dans un article de 1986 (Espace, société, géographie sociale).

 

La géographie sociale que je pratique alors se veut non marxiste, malgré la tendance de l’époque, particulièrement nette dans les universités de la France de l’Ouest. Je raisonne alors, par exemple, en terme de groupe et non de classe, l’analyse marxiste m’apparaissant mal adaptée à l’étude des campagnes. En feront la preuve, a contrario, les auteurs du quatrième tome de l’Histoire de la France rurale (M. Gervais, M. Jollivet, Y. Tavernier) qui donnent plus tard, avec ce type d’analyse, une image caricaturale des campagnes françaises d’après 1914, image d’ailleurs centrée quasi uniquement sur l’agriculture, alors que la « désagricolisation » se réalise à vive allure.

 

Une géographie quantitative

 

Au début des années 70, une troisième inflexion, qui englobe d’ailleurs les précédentes, apparaît. En effet, classique ou non, la géographie débouche souvent sur la typologie. Déjà, dans La Haute Loue, j'avais esquissé une typologie, très intuitive, des villages. Plus tard, au moment où j'aborde les aspects factuels de ma thèse, je me pose le problème de la mise au point d'une typologie des villages du Doubs, de façon à faire apparaître des différenciations spatiales. Je rejoins alors une des préoccupations d'Etienne Juillard qui, dans le cadre du  Groupe d'étude sur l'urbanisation des campagnes dont je fais alors partie, recherche des descripteurs qui doivent permettre de dresser une typologie des campagnes allant des plus « profondes » aux plus urbanisées. Mais on n'envisage alors de ne traiter ces critères qu'avec des techniques classiques d'addition d'indices, éventuellement pondérés d'une façon intuitive, en fonction de l'importance que l'on accorde à chacun d’eux.

 

La révélation qu'il existe des instruments statistiques et informatiques permettant à la fois de faciliter le travail typologique et surtout de le perfectionner, de lui donner une assise plus systématique et pour tout dire plus scientifique, vient d'un heureux hasard : la nomination, peut-être unique à l'époque, d'un mathématicien à la Faculté des Lettres de Besançon, Philippe Massonie. Converti à l'Analyse Factorielle des Correspondances (AFC) par Benzécri, il va alors faire découvrir aux géographes bisontins, qui avaient été parmi ses premiers interlocuteurs, la puissance synthétique de cet outil lorsqu'il est couplé à l'informatique. A la même époque d’ailleurs, aux Journées Géographiques d’Aix-en-Provence (1970) j’avais assisté à l’émergence, face à une géographie classique contestée, d’une « nouvelle géographie » qui se voulait justement plus systématique, plus quantitative et plus théorique.

 

Sous l'aile mathématicienne de Philippe Massonie, j'entreprends alors ma première AFC sur un échantillon de communes rurales du Doubs, et la première, je crois, dans la géographie rurale française. Je dispose alors d'un instrument capable de sélectionner les meilleures variables (du moins parmi celles qu'on lui propose) pour qualifier un territoire, de faire apparaître les principaux facteurs de sa structuration et de découper cet espace en sous-ensembles les plus homogènes possibles, même si ce découpage laisse place, à l'époque, à une certaine approximation puisque l’on n'utilise pas encore la classification automatique. Toutefois, l’ordinateur de l’époque, qui occupe pourtant une salle entière de la Faculté des Sciences, ne peut prendre en compte que 99 communes et 9 descripteurs ; il met en outre quelques heures pour traiter ce problème qu’un petit ordinateur traiterait aujourd’hui en moins d’une seconde. J’attends alors avec inquiétude de savoir si la machine va confirmer ou infirmer mes intuitions. Et finalement elle les confirme amplement : j’ai là une des plus belles jouissances scientifiques de ma vie ! Emotion qui peut paraître bien naïve aujourd’hui, mais qui me montre alors qu’un appui technique, certes encore fruste mais dont on sent qu’il va se perfectionner, est désormais disponible pour aller au-delà de la simple impression personnelle : un des buts de la science n’est-il pas d’expliquer systématiquement ce que le commun des mortels ne fait que constater, comme Newton l’a montré avec sa pomme… Conquis par ces résultats, dans un article d'Études rurales (1973), je montre l'intérêt des typologies factorielles par rapport aux typologies classiques (De l’espace rural à l’espace urbain : problèmes de typologie) et l’année suivante j’en expose les conclusions dans un article (Essai de typologie factorielle sur un échantillon de cent communes rurales du Doubs).

 

Avec cet outil qu’est l’AFC, et grâce à la croissance rapide de la puissance des ordinateurs, je peux ensuite travailler sur les 545 communes rurales du Doubs. Avec l’appui désormais indispensable de mon ami Thierry Brossard, géographe, climatologue et informaticien du laboratoire voisin, j’entreprends une AFC portant sur l’ensemble des communes du Doubs avec une batterie de 65 descripteurs. Apparaissent alors cinq grands types de commune, subdivisés en 18 sous‑types, tous définis par leur plus ou moins grande intégration à la société globale. Les techniques statistiques ayant elles-mêmes progressé, une classification hiérarchique permet maintenant de reconnaître systématiquement les différents types de commune, puis d’en réaliser une cartographie.

 

Ces résultats me permettent également de bâtir, pour l’enquête de terrain, un échantillon raisonné de communes représentatives de tous les types de communes, et donc de toutes les communes. C’est dans cet échantillon, qui comprend 25 communes, que je vais, avec certains de mes étudiants auquel je rends hommage ici, mener une enquête auprès de 325 ruraux représentatifs donc, avec certes une marge d’erreur, de tous les ruraux. Cette enquête par questionnaire (118 questions, une heure d’interview !) et par sondage à la fois spatial (grâce à la carte des types de commune) et social (en fonction des catégories socioprofessionnelles) est menée au cours de l'hiver 1976‑1977. Elle a pour objectif de préciser à la fois les rapports entre espace et société (les rapports « géographiques » selon la terminologie de Armand Frémont) et les rapports entre les groupes sociaux (rapports « sociologiques » selon le même auteur), c'est-à-dire ces rapports que j'avais essayé de définir d'une façon théorique dans la première partie de ma thèse. Cette enquête me permet de dessiner un portrait-robot systématique des ruraux, des groupes sociaux auxquels ils appartiennent, des rapports sociaux qu'ils entretiennent. Des différenciations territoriales sont également mises en évidence entre secteurs locaux, petites régions, pays : par exemple, l’enquête confirme la distinction traditionnelle, dans le Doubs, entre Haut, Moyen et Bas Pays. La thèse, soutenue à Strasbourg en 1979, sera finalement publiée en 1982, sous le titre : Les ruraux du département du Doubs, mais un peu élaguée et allégée de sa première partie théorique parue plus tard en 1986.

 

Des ruraux du Doubs aux ruraux français

 

En géographie, où les changements d’échelle apportent des éclairages nouveaux, la tentation est grande pour le chercheur de passer d’une échelle à l’autre et de déployer sa recherche en forme de poupée russe mais à l’envers, en commençant par un territoire restreint pour aller vers de plus vastes. L’idée pointe alors d’étendre les méthodes et techniques utilisées pour le département du Doubs (à l’exception de l'enquête) à l'ensemble de la France rurale. Après quelques hésitations dues à l’ampleur de la tâche, avec la collaboration de Thierry Brossard j’entreprends l’ouvrage qui sera publié en 1986 sous le titre : Les ruraux français. On y retrouve l'analyse systématique des données disponibles (au niveau de l’arrondissement) par l’AFC ; mais ici plusieurs AFC thématiques (démographie, commerces et services, revenus et équipements des ménages, « mentalités », catégories socioprofessionnelles) précèdent l’AFC globale, réalisée à partir des résultats des AFC thématiques. Cette démarche permet de reconnaître neuf types d'espaces ruraux et fait bien apparaître ce que j’ai appelé la « diagonale du vide » (expression reprise par Roger Brunet qui en a fait la « diagonale aride ») qui balafre la France des Ardennes aux Pyrénées. Elle permet également de dégager des éléments structurants qui servent de point d'appui à des hypothèses explicatives de l'espace rural français. Au total, un ouvrage original dans la production géographique rurale de l’époque.

 

Toutefois , comme Les ruraux français ne donnent qu’une sorte d’état des lieux des campagnes françaises en 1975, et ne disent rien de leur évolution j’entreprend, avec Thierry Brossard, de travailler sur ce thème avec les mêmes méthodes et techniques. Un premier essai, présenté au Congrès international de Sydney, en 1988, et portant uniquement sur l'évolution démographique, fait apparaître les changements profonds qui touchent les campagnes françaises entre 1975 et 1982 et notamment l'effritement du « croissant fertile » et la poussée de la périurbanisation. Une deuxième recherche, portant cette fois sur l'ensemble de l'évolution socio‑économique de l'espace rural français entre 1975 et 1982 est présentée au Colloque franco-britannique de Caen en 1989. Elle permet de définir systématiquement des types d’évolution socioéconomique et de souligner l'ampleur des changements intervenus entre ces deux dates. Notre projet de prolonger cette recherche sur un temps plus long (1962-1990), de façon à aboutir à un modèle prédictif de l’évolution des campagnes françaises (jusqu’en 2000) et susceptible d'application pour leur aménagement, n’est resté qu’un projet, tout à fait réalisable en l’état de nos travaux, mais qui demandait un considérable travail de rassemblement de données. Les travaux réalisés me permettent tout de même d’enrichir une réflexion sur la nature de l’espace rural et d’écrire un chapitre (De la géographie agraire à la géographie rurale) de l’ouvrage collectif intitulé Les concepts de géographie humaine (1984) qui connaîtra plusieurs éditions.

 

            L’année 1988 me conforte dans mon désir de pratiquer une géographie systématique, et quantitative quand le sujet s’y prête. C’est en effet l’année où j’intègre le Groupe Dupont. J’avais eu l’occasion de connaître plusieurs de ses membres lors des Rencontres de géographie quantitative de Besançon qui ont précédé les actuels Géoquanthe. J’avais alors été séduit par leur enthousiasme de chercheurs et par les fondamentaux scientifiques sur lesquels ils appuyaient leur réflexion : je constatais qu’ils recouvraient les miens, en les dépassant toutefois de très loin. Dans ce Groupe qui se donne pour but, au départ, de faire avancer en géographie la réflexion théorique et la recherche de méthodes et techniques quantitatives (j’emploierais plutôt aujourd’hui le terme de « systématiques »), ce qui m’attire alors est moins le quantitatif, que j’avais un peu pratiqué avec l’aide de Philippe Massonie et de Thierry Brossard, que la théorie. J’y avais certes réfléchi lors de ma thèse, comme je l’ai dit plus haut, mais je ressens alors de larges insuffisances. Des considérations familiales et financières (cinq séjours de deux jours par an à Avignon…) me retiennent d’abord puis, encouragé par Pierre Dumolard, membre du Groupe, j’y fait donc mon entrée en 1988. Le Groupe va m’ouvrir à une large réflexion sur notre discipline et sur les autres sciences sociales, grâce notamment à des collègues et amis comme François Durand-Dastès, Christian Grataloup, André Dauphiné, Jean-Paul Ferrier. Depuis mon intégration, je ne l’ai jamais quitté même si, à certaines périodes, notamment lorsque j’étais Doyen de la Faculté des Sciences Humaines, j’y étais moins présent.

 

Du national au mondial : les Tiers Mondes

 

            Lassitude de mes travaux sur les campagnes françaises ? Désir d’ouverture vers des pays où l’agriculture tenait encore une large place ? Toujours les poupées russes à l’envers : désir de passer à l’échelon territorial supérieur ? Influence de mes voyages en Turquie, Maroc, Tunisie, Algérie, Egypte, Indonésie, Brésil, Chine, Inde, Mexique, Kenya), pays que l’on dit alors sous-développés ? Irritation provoquée par les tiers-mondistes et les marxistes qui ne voient alors dans tous ces pays qu’une masse indifférenciée dont la seule unité provient de ce qu’ils sont dominés par les pays capitalistes, alors que je constate au contraire, au cours de mes voyages, d’énormes décalages entre ces pays. Par exemple, le Mexique, où je parcours 8 000 km en voiture sur des routes goudronnées et où les petits hôtels ne pas des bouges, n’a alors rien à voir avec des pays comme l’Indonésie, la Chine, l’Inde qui suent alors partout la pauvreté. D’où l’idée d’un nouveau livre, Les quatre mondes du Tiers Monde, où je distingue l’Amérique latine (un pied dans le développement), le Monde arabo-musulman (Islam et pétrole), l’Asie (un Tiers Monde bien parti), l’Afrique (un Tiers Monde « mal parti »)

 

Je contacte Gérard Dacier, directeur de collection aux éditions A. Colin, pour lui proposer un livre sur la différenciation du Tiers Monde. Séduit par cette idée, il accepte de publier un ouvrage sur le sujet. Je m’y attelle en 1990, toujours en collaboration avec Th. Brossard et toujours avec le souci de comparaison systématique : tableaux de données comparatifs, analyses factorielles des correspondances (AFC) et classifications hiérarchiques, cartes systématiques, techniques bien maîtrisées depuis Les ruraux français. Le livre est finalement publié en 1993, avec 3 AFC, 28 cartes, 19 graphiques, 10 tableaux. A l’aide de 30 indicateurs, les quatre Tiers Mondes sont systématiquement comparés : apparaissent alors entre eux des décalages démographiques, économiques et culturels considérables. Le livre connaît une certaine diffusion puisqu’il aura une deuxième édition, mise à jour, en 1997 et plus encore, et c’est ma fierté, une traduction en portugais, au Brésil, dans ce pays qui était justement en train de sortir de l’anonymat tiers-mondiste ! Une commande des éditions Ellipses m’offre l’occasion de creuser le sillon du Tiers Monde. Dans Agriculture et développement en Amérique latine (1998) je montre que l’agriculture contribue d’autant plus au développement que les agriculteurs sont moins nombreux, comme le démontre justement l’Amérique latine, Tiers Monde le moins agricole et le plus développé. Ainsi l’agriculture, du moins telle qu’elle est pratiquée alors, est plus un fardeau social qu’un atout social.

 

            Ma nomination à l’Université de Bourgogne, en 1981, m’oriente également vers des travaux plus régionaux et plus classiques. Seul ou en collaboration, je travaille à des ouvrages sur la Bourgogne (Bourgogne, Bonneton ; La Bourgogne, espace et société, Horvath ; Bourgogne, Guide Bleu ; Dijon et son agglomération, Documentation Française ; Dijon, Bonneton ; La Bourgogne, Sedes ; Côte d’Or, Bonneton), ainsi qu’à des articles sur les espaces périurbains. Dès 1979, à une période où ce thème était encore presque ignoré, j’avais intitulé un chapitre de ma thèse : « exode urbain et attraction rurale » ; j’y analysais un phénomène qui commençait à prendre de l’ampleur, celui de l’installation de citadins dans les communes proches des villes, ce que j’appelais la rurbanisation, terme finalement plus parlant que celui de périurbanisation qui a été adopté depuis. Je reprends ce thème en Bourgogne, en menant des enquêtes avec mes étudiants puis en signant plusieurs articles dont un dans lequel je tente de décrypter les facteurs explicatifs généraux du phénomène (L’espace périurbain : une problématique à travers le cas bourguignon, 1995).

 

Toujours le mondial, mais avec l’agriculture et l’espace rural

 

            En 1996, le CNED (Centre National d’Enseignement à Distance) me demande de donner un cours sur Les crises et les mutations des agricultures et des espaces ruraux dans le monde, à destination des candidats au Capes d’Histoire-Géographie et aux Agrégations de Géographie et d’Histoire. Donc une nouvelle occasion de changer d’échelle. Dans ce cours, je distingue l’agriculture, qui fait l’objet d’une première partie, et les espaces ruraux, traités dans une deuxième, pour ne pas saper dans l’esprit des candidats la confusion souvent faite entre espace rural et espace agricole, entre activités rurales et activités agricoles. Après avoir souligné les grandes tendances de l’évolution des espaces ruraux dans le monde, je distingue les crises et mutations de ces espaces dans les pays développés puis dans les Tiers Mondes. Dans la deuxième partie, j’analyse l’originalité de l’agriculture par rapport à d’autres activités (forte utilisation de main-d’œuvre et d’espace, dépendance de l’environnement naturel, etc.) ainsi que la mondialisation de ses marchés et les crises et les mutations qui l’affectent dans les pays développés et dans les Tiers Mondes. De ce texte, j’aurais dû faire un livre, comme le CNED m’en laissait l’autorisation. Trop occupé alors par mes fonctions de Doyen, je n’ai pas pris le temps d’entrer en contact et de négocier avec d’éventuels éditeurs. C’est un de mes regrets. Petite compensation, ce cours figurera sur ce site.

 

Autre compensation, ce cours du CNED me pousse à m’intéresser de plus près à l’agriculture car les ouvrages géographiques traitant de cette activité au niveau mondial me laissent une certaine frustration, car ils me semblent faire insuffisamment la liaison entre ses structures socioéconomiques et ses structures territoriales. D’où l’idée, certes téméraire, de tenter de tisser ce lien dans un ouvrage sur lequel je travaille de 1998 à 2000, avec Patrick Mille, ingénieur géographe au Laboratoire Théma dijonnais, antenne du laboratoire bisontin du même nom ; Patrick sera désormais pour moi un collaborateur et ami à la fois très professionnel et très enthousiaste, indispensable pour tout ce qui concerne la recherche, le traitement et la cartographie des données, la reprise d’illustrations diverses, etc. J’hésite alors entre un titre plutôt banal, comme Géographie agricole du monde, ou un titre reflétant mieux la visée de l’ouvrage, mais un peu rébarbatif. Finalement je choisis la seconde solution, à tort peut-être, et j’opte pour Systèmes et espaces agricoles dans le monde qui paraît en 2001.

 

Dans cet ouvrage, après une première partie présentant une sorte d’état des lieux de l’agriculture (agriculteurs, espaces agricoles et productions), sont analysés les trois systèmes qui la composent : l’agrosystème (composé des sous-systèmes biotiques et  abiotiques qui se combinent pour former différents milieux « naturels »), le sociosystème (formé des sous-systèmes politico-économiques et socioculturels), enfin le système productif, centré sur l’exploitation agricole qui utilise à l’amont des intrants (machines, semences, fertilisants, etc.) et fournit à l’aval des extrants (produits animaux, végétaux). Agrosystème, sociosystème et système productif se combinent pour donner douze systèmes de production (culture itinérante sur brûlis, ranching, élevage laitier intensif, élevage hors-sol…). Reportés sur une carte ces systèmes agricoles donnent une bonne idée de l’organisation de l’espace agricole mondial et des structures qui le sous-tendent. Titre un peu rebutant, contenu un peu ardu, ouvrage mal diffusé peut-être (l’année de sa parution, il n’est pas présenté par l’éditeur au Festival International de Géographie de Saint-Dié), toujours est-il que cet ouvrage a connu peu de succès et n’a donc pas eu de réédition. C’est un de mes regrets car, à tort ou à raison, je le trouve particulièrement structuré et cohérent.

 Retours sur images

            Est-ce ce relatif insuccès ? Est-ce la retraite, en 1998, qui me donne plus de temps pour réaliser des enquêtes de terrain ? Est-ce l’âge qui me donne l’envie de revenir sur le passé et de revivifier une envie profonde, mais un peu endormie, de géohistoire, c’est-à-dire de l’histoire vue par un œil de géographe, donc sous l’angle des changements dans le territoire ? Tout cela, certainement. C’est ainsi que je revisite, près de cinquante ans plus tard, mon premier ouvrage : Une vallée franc-comtoise , la Haute-Loue. Je retouche et complète d’abord le texte primitif et, pour le mettre à jour, je retourne sur mes pas, comme un demi-siècle auparavant, pour interroger les maires, les chefs d’entreprises et diverses personnalités locales ; je reviens aux sources historiques, aux données de l’Insee et du Ministère de l’Agriculture, aux publications parues depuis. Travail passionnant toujours, émouvant parfois et que je crois unique, aucun géographe, me semble-t-il, n’ayant pu prendre un tel recul pour réétudier systématiquement un même territoire. Avec l’appui technique de P. Mille, le livre est publié en 2006, sous un nouveau titre : Une aventure territoriale, la Haute vallée de la Loue : de la vigne à l’usine et au patrimoine. J’y montre la nouvelle donne économique depuis 1975 faite à la fois de crises, de restructurations et de créations dans l’industrie, de renforcement du pôle tertiaire d’Ornans, de redressement démographique, d’un début de périurbanisation engendrée par la proximité de Besançon, de reconfiguration administrative par l’intercommunalité, de patrimonialisation enfin.

 

            Ce livre terminé, je reviens à mon deuxième ancien livre, Les ruraux du département du Doubs, tâche autrement lourde puisque je passe d’un territoire d’une dizaine de communes à près de six cents. En effet, je veux à la fois réinterroger les statistiques, les ouvrages, articles et documents parus sur la question depuis la première édition, mais également reprendre, 30 ans après, l’enquête que j’avais menée en 1976 dans 25 communes du département, auprès de 325 personnes. Avec un questionnaire un peu écourté (l’interview durait plus d’une heure en 1976), mais qui reprend, pour les questions retenues, exactement les mêmes formulations, je me mets en route, seul cette fois, quelques jours par semaine, de la fin d’automne 2003 au printemps 2004. Retrouvailles fascinantes avec des villages souvent transformés : maisons restaurées, fontaines relookées, mairies pimpantes ; mais aussi lotissements anonymes, maisons sans grâce, haies et chiens de garde… La neige, le froid, les portes fermées, les villages vides aux heures de travail, le découragement qui pointe parfois : qu’est-ce que je fais ici au lieu d’être tranquillement chez moi ! Et tout de même, enfin la dernière interview. Puis l’immense plaisir, à la fois scientifique et émotionnel de voir apparaître sur l’écran, puis sur le papier, les chiffres qui mesurent ce que l’on est allé chercher sur le terrain, c'est-à-dire les dynamiques qui, au cours des trente années précédentes, ont transformé le territoire. Résultats attendus souvent, du fait de ma connaissance du terrain, mais qui confirment scientifiquement des intuitions. Résultats inattendus parfois comme lorsque je constate que les liens familiaux, que je croyais distendus par trente années de changements sociétaux, restent toujours aussi prégnants. Le livre est publié en 2007, avec cette fois un très lourd appui technique de Patrick Mille, sous le titre : Vers des campagnes citadines : le Doubs (1975-2005). J’y montre des campagnes désormais sous influence urbaine : périurbanisées, désagricolisées, désindustrialisées, tertiarisées, culturellement citadinisées, patrimonialisées ! Et si la coquille n’a que peu changé (95% du territoire reste « naturel »), l’escargot, quant à lui, n’est plus tout à fait le même…

 

            J’allais peut-être vers un troisième retour en arrière, avec une reprise des Ruraux français, lorsque des événements inattendus vont m’orienter, pendant deux années, vers un tout autre sujet. Ayant enseigné pendant 17 ans à l’Université de Franche-Comté et 18 ans à l’Université de Bourgogne, j’avais eu souvent l’occasion de constater combien Comtois et Bourguignons se méconnaissaient et se méfiaient les uns des autres, alors que les noms des deux régions étaient souvent associés comme ceux de deux régions sœurs. J’avais souvent pensé à tenter de préciser le pourquoi et le comment de cette méconnaissance et de cette méfiance, mais l’idée était restée à l’état de projet. On en est là, au début des années 2000, malgré les efforts des deux Conseils Economiques et Sociaux pour rapprocher les deux régions, lorsque tout s’accélère : des banques fusionnent, les capitales régionales se rapprochent, les universités se connectent, on parle même de fusion entre les deux régions ! Cette nouvelle donne m’interpelle. Je décide donc, avec mon expérience de la « double régionalité » et à l’aide d’une remontée dans l’histoire, de comprendre cette traditionnelle rivalité entre les deux régions et d’en faire un livre qui paraît en 2010 sous le titre : Bourgogne/Franche-Comté : sœurs ou rivales ? Brève histoire des relations ambiguës entre deux régions.

 

            Pour cet ouvrage, j’ai pu donner libre cours à mon envie de géohistoire. En effet, j’y analyse les relations entre Bourgogne et Franche-Comté depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, notamment jusqu’aux propositions de la commission Balladur censées les fusionner. J’y montre comment, dans ce couloir de plaines qui joint l’Europe du Nord à celle du Sud, aurait pu se cristalliser une grande région du Centre-Est qui aurait pu en contrôler les échanges. Or l’histoire en a décidé autrement, en faisant balancer Bourgogne et Franche-Comté entre séparation par la Saône et réunion malgré la Saône, entre royaume de France et Empire Germanique, entre projets de fusion et réalités de division.

 Enfin, la vigne...

                        La reprise du livre sur la Haute vallée de la Loue m’avait remis en contact avec la vigne qui y avait tenu une grande place avant le phylloxéra. Depuis, cette culture avait constamment régressé et, lors de la première édition de l’ouvrage, en 1958, je m’attendais à ce qu’elle disparaisse complètement dans les décennies suivantes. Or, en 2006, je constate que, à Vuillafans, non seulement quelques amateurs acharnés s’y consacrent encore à titre de loisir, mais encore qu’un petit domaine commercial a été reconstitué, contre toute attente, en 1990, par une association (Ruranim). Etonné par cette renaissance, je cherche à savoir si le phénomène est unique dans la région ou si d’autres exemples existent. Je découvre une dizaine de cas en Franche-Comté. Ce qui m’amène à les étudier et à en faire un article en 2008 (Vins de Pays et renaissance de petits vignobles en Franche-Comté). Ce genre de travail impliquant presque inévitablement un retour à l’histoire : pourquoi de la vigne ici ? Pourquoi le déclin ? Pourquoi la reconstitution ? Je me suis donc intéressé à l’histoire de la vigne dans le Doubs et en Haute-Saône, les deux départements où les reconstitutions ont été les plus nombreuses, pour en faire un nouveau livre, déjà écrit, mais à paraître en septembre 2013.

 

          Retour aux poupées russes… Le cas comtois m’incite une nouvelle fois à changer de registre territorial et à aller voir ailleurs en France si ce phénomène de renaissance de vignobles existe également. Et là, j’observe qu’il est presque général. C’est dans cette direction que je travaille donc depuis plusieur mois, en recensant et en étudiant les vignobles français renaissants. J’ai fait un premier point dans un colloque à Bordeaux en octobre 2012 (Vignobles « oubliés », vignobles reconstitués depuis les années soixante en France) et dans une conférence qui m’a été demandée par l’Union Interprofessionnelle du vin de Cahors, vignoble renaissant particulièrement emblématique puisqu’il est passé de 36 000 ha vers 1850, à 200 vers 1950, pour revenir à 4 500 ha aujourd’hui. Ces reconstitutions françaises s’inscrivent évidemment dans un contexte plus général que j’ai analysé dans une intervention au colloque Géopoint de juin 2012 : Du local au mondial et du mondial au local : le cas de la vigne et du vin (en ligne sur le site du Géopoint). J’y travaille également, en collaboration,  au niveau français et européen dans le cadre d’un Atlas Mondial de la Vigne et du Vin à paraître en 2013.

 

                     Cet itinéraire scientifique, bien qu’appuyé sur quatre fondamentaux personnels (systématicité, comparabilité, changement d’échelle, géohistoire) s’avère finalement assez zig-zaguant… Pourquoi ? Plusieurs réponses imbriquées.

 

                     Première réponse : l’ancienne organisation des universités laissait aux enseignants-chercheurs une large autonomie de choix dans leur recherche, même s’ils étaient intégrés, comme je l’étais, à des laboratoires, ceux-ci laissant une large marge de manœuvre à leurs membres. Ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui puisque la recherche tend à s’organiser autour de thématiques décidées par les laboratoires, souvent dans le cadre de contrats avec des organismes extérieurs.

 

                     Deuxième réponse : le désir de changer d’échelles, essentiel en géographie, m’a poussé, à la fois à prendre en compte des territoires de plus en plus vastes, mais également parfois à des glissements par rapport au centre d’intérêt de départ : passer de la France rurale aux Tiers Mondes, certes massivement ruraux eux-mêmes à l’époque, implique à la fois un changement d’échelle mais aussi un changement de perspective.

 

                     Troisième réponse : les opportunités. Le passage, en 1981, de l’Université de Franche-Comté à celle de Bourgogne m’oriente vers de nouveaux sujets d’étude régionaux. Le réchauffement des relations entre Bourgogne et Franche-Comté me pousse, vu ma « double régionalité », à en analyser les raisons.

 

                     Enfin, et peut-être surtout, quatrième réponse, mes motivations personnelles. Bien que me considérant comme géographe rural, je n’ai jamais pu me résoudre à ne creuser que le sillon de la ruralité ; même si celui-ci est resté central, j’ai voulu aborder d’autres thématiques, naviguer vers d’autres horizons… Ce ne serait plus très bien accepté aujourd’hui. J’estime avoir eu la chance de pouvoir profiter de cette opportunité.

 

                     Avril 2013